Carrefour Ventadour
Les troubadours et la Sagesse
Parution : 25/09/2014
ISBN : 9782916622095
220 pages
17 x 24 cm
18.00 €
Lucia LAZZERINI
Les troubadours et la Sagesse
Une lecture renouvelée des troubadours dans l’esprit de leur temps, et en particulier de l’amor de lonh, à la lumière des sources scripturaires : la Domna comme figure de la Jérusalem céleste.

L’interprétation courante de la lyrique des troubadours donne ces poètes pour les chantres élégants de l’amour dit « courtois » : amour sensuel pour une belle et noble dame, objet d’un désir obsédant presque toujours insatisfait. La « sociologie de la fin’amor » a identifié la dame énigmatique - appelée midons “mon seigneur”, domna, amor (féminin en langue d’oc) ou simplement elha, lieis - à l’épouse du seigneur féodal, châtelaine convoitée par les jeunes chevaliers célibataires vivant eux aussi au château en attendant d’être investis d’un fief. Cet amour adultère aspirant en vain à la possession (« paradoxe amoureux » de Leo Spitzer), traduirait donc, selon l’hypothèse élaborée en particulier par Erich Köhler, la sublimation des pulsions sexuelles (en même temps que des tensions socio-économiques entre haute aristocratie et petite noblesse) qui hantaient ces jeunes mâles inquiets et souvent frustrés.
Mais les choses ne sont pas si simples. Il faut lire et interpréter la lyrique médiévale à la lumière de la culture de son époque : une époque dominée par la pensée symbolique et par l’exégèse allégorique de la Bible. La polysémie de l’Écriture devient ainsi, bien avant Dante et Pétrarque – grands connaisseurs des vulgares eloquentes occitans – le modèle par excellence de la poésie vulgaire. Une relecture attentive de la lyrique des troubadours amène à découvrir des sens très différents de ceux que l’on tient pour acquis : on trouve dans ces textes une profondeur de pensée, une variété d’intérêts (même politiques), un jeu ambigu et subtil d’allusions de nature à changer radicalement notre perception de la poésie amoureuse médiévale.
Una lectura renouvelada daus trobadors dins l’esperit de lor temps, e mai que mai de l’amor de lonh, esclairat per las sorjas scriptuariás : la Dòmna coma figura de la Jerusalème celestiala.
Chal legir e interpretar la lirica de l’Atge Mejan en s’esclairar de la cultura d’aquela espòca : una espòca onte senhorejon la pensada simbolica e l’exegèsi allegoric de la Bíblia. D’aquel biais, la polisemia de l’Escritura deven, ben davant Dante mai Petrarque — que coneissión plan los vulgares eloquentes occitans— lo modele mager de la poesia de lenga vulgara. Un tornar legir attentiu de la lirica daus trobadors mena a la descruberta de senses plan diferents de los que n’òm cresiá segurs : n’òm tròba dins ’queus textes una priondor de pensada, una varietat d’interests (e mai daus politics), un juec dobtós e pro fin d’allusions que podrión be chamjar completament la nòstra percepcion de la poesia amorosa de l’Atge Mejan.

Lucia Lazzerini, professeur de philologie romane à l’Université de Florence, est l’auteur de plusieurs études dédiées à la littérature médiévale romane et aux expériences linguistiques les plus hardies du xvie siècle (le macaronique de Folengo, des prêcheurs et d’Antoine Arena ; la comédie polyglotte vénitienne). Parmi ses derniers ouvrages parus, Letteratura medievale in lingua d’oc, Modène, 2010 et Silva portentosa. Enigmi, intertestualità sommerse, significati occulti nella letteratura romanza dalle origini al Cinquecento, Modène, 2010.

Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net | Graphisme www.charlottelambert.net | IEO Difusion - IEO/IDECO - ZA plaine St-Martin - 81700 Puylaurens Remonter Repojar